Éditions des Équateurs

  • Comment finir une vie d'écrivain ? Cette question s'imposa pour ma dernière année d'enseignement au Collège de France en 2020. Parce que la retraite m'attendait au tournant. Parce que je venais de perdre une amie très proche, compagne de longues années. L'hiver était au chagrin. La littérature a un lien essentiel avec la mort, le deuil et la mélancolie. De Montaigne à Roland Barthes, c'est son fil rouge. Pourtant, les oeuvres tardives des écrivains ont suscité moins de curiosité que le style de vieillesse des peintres et musiciens, plus affectés par les défaillances de leur corps, la main, l'oeil ou l'oreille. « Il faudrait cesser de travailler dans un certain âge ; car tous les hommes vont déclinant », décrète le Bernin devant les derniers tableaux de Poussin. Ces nouvelles leçons poursuivent une méditation sur la fin, à la fois terme et issue, sur l'âge, condition du sénile, mais aussi du sublime, sur les ultima verba, le chant du cygne, la seconde chance, le poète éternel... Ad libitum. Que faire du troisième ou du quatrième âge de sa vie ? « Qui connaît le pouvoir du cercle ne craint pas la mort », écrit Maurice Blanchot, citant Hugo von Hofmannsthal, qui citait lui-même Djalâl ad-Dîn Rûmî. La ronde littéraire ne s'arrête jamais

  • « Je vais accoucher au milieu d'un désastre. Me perpétuer en pleine mort. Donner la vie quand la nuit nous pétrifie. La vie va sortir de moi dans une ville meurtrie. Dans la nuit du 13 novembre 2015, un attentat a tué à Paris cent trente et une personnes et en a blessé près de cinq cents autres. La vie tape dans mon ventre pendant qu'on entasse les corps. Je nage à contre-courant. Je porte une fille quand des mères pleurent leur enfant. Je me régénère alors que Paris est à sang. Aucune trace en moi d'un esprit de révolte : je n'ai pas décidé d'enfanter pour m'épargner la mort ni créer du renouveau. Être fertile pour faire peau neuve, non. Je ne me demande pas pour quel monde mettre au monde. La vie est déjà en moi. Elle bat obstinément depuis huit mois. Que reste-t-il en nous quand, au plus intime, la vie et la mort se sont livré bataille ? » Ce livre est le fruit de plus de quatre ans d'enquête, d'une cinquantaine d'entretiens menés entre Bruxelles et Paris, et d'une quête personnelle. Dans ce « roman vérité » selon l'expression de Truman Capote, Etty Mansour a exploré la dimension psychologique de Salah Abdeslam, seul survivant parmi les terroristes du 13 novembre, en s'entretenant avec ses proches, notamment sa fiancée, son avocat belge, une sociologue molenbeekoise et une psychanalyste clinicienne qui exerce en prison auprès de détenus pour terrorisme islamiste. Au-delà de l'itinéraire biographique de Salah Abdeslam, elle a cherché des clés de compréhension sociale, historique, idéologique et religieuse en se rapprochant d'éducateurs sociaux, d'un historien, d'un juge et d'une policière de l'antiterrorisme, d'un imam et d'un rabbin. Si l'exercice du droit est indispensable à une société meurtrie par des attaques terroristes de cette ampleur - depuis la Seconde Guerre Mondiale, l'Europe n'avait pas eu à faire face à un tel niveau de violence - la littérature peut, à sa manière, aider à transformer la terreur dont nous avons été la cible. Elle peut permettre de comprendre, de l'intérieur, ce qui nous est collectivement arrivé. Cette conviction a guidé le travail d'Etty Mansour et lui permet d'éclairer la trajectoire du seul terroriste encore en vie, à mettre des mots sur son silence qui est, à ses yeux, le nouveau piège qu'il nous tend.

  • Après un coup de tonnerre du destin, Édouard Cortès choisit de se réfugier au sommet d'un chêne, de prendre de la hauteur sur sa vie et notre époque effrénée. À presque quarante ans, il embrasse femme et enfants, supprime ses comptes sur les réseaux sociaux et s'enfonce dans une forêt du Périgord pour un voyage immobile. Là, dans une cabane construite de ses mains, il accomplit son rêve d'enfant : s'enforester, rompre avec ses chaînes, se transformer avec le chêne, boire à la sève des rameaux. Ce printemps en altitude et dans le silence des bois offre une lecture de la nature qui ne se trouve dans aucun guide ou encyclopédie. Le chêne si calme abrite un cabinet de curiosités et accorde pen­dant trois mois à l'homme perché une rêverie sous les houppiers et les étoiles. Il faut savoir parfois contempler une colonie de fourmis savourant le miellat, écouter un geai ou un couple de mésanges bleues, observer à la loupe des champignons et des lichens pour comprendre le tragique et la poésie de notre humanité. Afin de renouer avec l'enchantement et la clarté, l'homme-arbre doit couper certaines branches, s'alléger et se laisser traverser par la vie sauvage avec le stoïcisme du chêne. 

  • Rome, 1975. Les vacances d'été s'achèvent. Trois garçons des beaux quartiers rencontrent deux jeunes filles du peuple. Ils flirtent en voiture et dans les cafés. Ils ne vivent que dans l'attente de la prochaine soirée. Jusqu'à ce que les garçons invitent les filles dans une somptueuse villa du Circeo, rocher qui surplombe la mer Méditerranée.

    « Là-bas, racontait-on, les bateaux d'Ulysse et de ses compagnons avaient débarqué non loin du palais de Circé. Au cours d'un banquet de fête, la magicienne avait ensorcelé les marins. Et les hommes s'étaient transformés en porcs. »

    Pierre Adrian fait renaître dans ce roman noir et envoûtant l'Italie des années 1970, la fin de l'enfance et le temps des dernières insouciances, la sensualité, la séduction quand elle bascule dans la violence et les lieux frappés de forces qui nous dépassent.

  • John Lennon et Yoko Ono vécurent plusieurs étés de paix dans les montagnes retirées du Japon, à Karuizawa. On en parla peu. Car il ne se passa presque rien. Ils appelèrent cela, « le silence de l'amour ». Quasiment rien si ce n'est l'aboutissement du parcours du narrateur de ce roman, qui découvre alors tous les bouleversements dans la vie créatrice et personnelle de John Lennon et au-delà, le maillage de sa propre vie, les interférences nippones, la présence de la femme aimée et lointaine. Et de la neige. Ce roman parle des fantômes qui peuplent nos vies, du Japon et de sa soyeuse étrangeté. De l'amour et des sentiments qui fondent sous la passion. De John Lennon et de sa résurrection. C'est aussi une enquête sur les lieux d'élection japonais d'un couple mythique. Il séduira non seulement les fans des Beatles, de musique mais aussi les amoureux de voyage lointain et de retraite spirituelle. C'est du Kawabata pop et rock'n roll.

  • « Je connais de l'intérieur cet univers totalitaire, exterminateur. Je suis un naufragé, entouré d'ordinateurs. Je m'accroche à ce poème de Charles Juliet qui me laisse un peu d'espoir : « Si tu n'as pas/ connu/le naufrage/impossible/de gagner/la haute mer/le naufrage première porte de la connaissance ». Je suis devenu dépendant de mon smartphone, mon bras armé, ma croix, ma brûlure intérieure. Je me sens un exilé. Je ne joue pas Victor Hugo persécuté par l'empereur, prenant la route de Jersey puis de Guernesey. Mais je choisis la force océanique contre le nuage informatique. Nous vivons désormais en territoire occupé. J'ai l'impression d'être un collabo, un criminel envers mes enfants : je les ai laissés se faire contaminer. J'aurais dû leur apprendre ce que nous pouvons faire de nos mains et nous contenter du grec, du latin car depuis rien de nouveau sous le soleil. Tout clic informatique est une pulsion de mort. Et moi, je choisis la vie. Nous savons qu'un complot mortifère sape nos sociétés. Je dis et redis à mes enfants : les écrans ce n'est pas la vie. Ils détruisent le plus beau divertissement, l'ennui, le temps perdu, la rêverie. Le numérique ce n'est pas un changement technique, c'est le global déshumanisé. Il y a comme un hic. Où sont les siestes dans la chaleur grésillante de l'été et le blé en herbe, les yeux vers le grand ciel ? » Dans cet essai d'humeur, ce pamphlet contre le totalitarisme des écrans, Olivier Frébourg oppose le temps de la poésie, la beauté et la lenteur pour sortir de l'accélération du temps et de l'enfer des écrans.

  • Le 4 août 2020 à 18 heures et 7 minutes, la narratrice se voit propulsée sous le bureau de sa thérapeute. Elle est à quatre pattes, entre son mari et leur psy. Une bombe vient de ravager Beyrouth. Une apocalypse. Et le scénario en train de se produire dans ce cabinet : celui d'un couple en déliquescence. La narratrice est une affranchie. Elle veut vivre tout de suite et tout à la fois. Être mère, épouse et écrivaine, « beauvoirienne » et pondeuse multi-récidiviste. Plutôt que de choisir, elle a embrassé la multitude : femme remariée, mère de cinq filles, auteure de nombreux livres, écartelée entre Beyrouth et Paris, entre sa soif d'écriture et ses maternités, entre la joie de l'enfantement et l'instinct de fuite. Son énergie vitale est ce prix, c'est une bombe à retardement. Comme son couple, tiraillé entre un homme analyste et une femme guidée par les méandres de l'écriture. En bref, « la rencontre d'une centrale nucléaire avec une éolienne ». Comme cette ville qu'est Beyrouth, fendue, divisée, sectionnée de toutes parts, par les guerres, les rancoeurs entretenues, jusqu'à cette ultime désintégration. La narratrice n'a plus que l'écriture pour consolation. Elle prend la plume à bras le corps et nous offre un récit d'une puissance inouïe où se reflètent jusqu'au vertige l'explosion de la ville et la déflagration intime, la dérive orwellienne de notre planète et l'hyper-connexion des êtres humains qui évoluent désormais « en distanciation sociale ». On retrouve le style plein d'humour et de rage de vivre de Hyam Yared, ses réflexions sur le sens de nos vies, la sexualité, le couple, la maternité, l'inadaptation au monde délirant dans lequel nous vivons... et l'amour qui triomphera toujours de la fin du monde.

  • Anaïs est née dans une famille pas comme les autres : entre une mère s'occupant de la mécanique et un père préférant repasser le linge. De son enfance, elle a conservé l'odeur du troène au printemps, le divorce des parents, le potager de son « pépé », le « chemin du blé en herbe », la plage des Dunes du Port. À 18 ans, elle part en Inde, seule, puise en elle un courage qu'elle ne soupçonnait pas et découvre le caractère sacré de la nature. Elle. De ce premier voyage initiatique et décisif, elle tire une force pour toujours et voit naître son rêve : « cultiver son jardin ». Comme si l'errance avait provoquée chez elle le besoin de s'enraciner pour continuer à avancer. Anaïs se met en quête d'un lopin de terre. En Bretagne évidemment ! La route est semée d'embûches, mais ni l'administration, ni la misogynie du milieu agricole, ni les caprices du ciel ne lui font peur. En accord avec ses convictions profondes, elle réalise son rêve : elle sème, cultive et invente des tisanes, telle une sorcière des temps modernes ! Anaïs apprend le travail de la terre, la solitude, les noms enchanteurs des herbes ; l'aubépine, l'hysope, la guimauve, la marjolaine, la sauge, le souci, l'agastache, le serpolet et la reine-des-prés, elle lit Thoreau et s'interroge sur la valeur du travail, de l'argent, de la liberté, sur le lien de l'homme à la nature, sur la beauté des gouttes de rosée sur les feuilles le matin...

    Ce livre est un hymne à rêver et à aller jusqu'au bout de ses rêves, un petit guide de survie alternatif et stimulant dans un monde qui va trop vite, une réflexion sur l'écoféminisme et une célébration de la nature.

  • "Ce qui repousse les caméras m'attire. Ceux qui trébuchent, ceux qu'on ne voit pas. J'aime le fond de la classe. Le saccage et le sursaut, la poudrière, le foutoir, la beauté, les rêveurs : tout est au fond, chez les invisibles. Au fond des vallées. Cette leçon, je l'apprendrai aux côtés de frère Pierre. En citant saint Paul, il me dira que la véritable sagesse n'est pas celle du monde : Si quelqu'un pense être sage à la manière d'ici-bas, qu'il devienne fou pour être sage."
    Au coeur d'une vallée, aux confins de la France, un homme tient là seul par sa foi. Au plus près des vies minuscules - les bergers et les bêtes, les paumés et les vagabonds célestes -, il accueille les histoires murmurées, les hommes en perdition. Les croyants et ceux qui ne croient pas. Parce qu'"on ne peut plus faire comme si les gens avaient la foi." Pour lui, cela importe peu. Jour et nuit, son portable sonne. Il accourt.
    D'une plume taillée à la serpe, Pierre Adrian nous offre un récit éblouissant, à l'écoute des ténèbres et de la désespérance d'une époque.

  •  « J'étais arrivé à Sumatra sous un ciel couleur chiffon. La mousson. Dans les rues flottaient des odeurs d'épices, de pots d'échappement et de durian. L'Indonésie est un archipel à la nature rebelle, violente et déjantée. À l'histoire sanglante teintée d'opprobre. Un pays-continent chaleureux et disparate qui danse sur un volcan et tremble souvent de toute sa terre. Depuis son occident, je comptais voyager vers l'orient de l'archipel, aller d'îles en îles, passer de Java à Bornéo, gagner l'île Célèbes, jeter l'ancre dans les eaux des Moluques lointaines et terminer ma course en mer de Timor. J'avais été séduit par l'intranquillité de l'Indonésie, le caractère sidérant de ce monde en perpétuel déséquilibre. Au fil de ma dérive, je m'apercevais à quel point ces îles résonnaient sur le tambour de ma mélancolie. » Cultivant sans vergogne une « nostalgie anticipatrice » pour les êtres et les choses menacés d'extinction, fasciné par ce pays sur la tangente qui hésite entre deux époques, l'auteur nous entraîne dans un voyage débridé au travers de l'Indonésie. Une errance qui se déploie sur des terres de fantaisie, de poésie et de cruauté. Dans les quartiers coloniaux abandonnés de Medan, à Sumatra, il rencontre des mafieux d'extrême-droite, à Djakarta, il fraie avec des voyous des bidonvilles, au coeur de Java, il met ses pas dans ceux de Rimbaud, à Bornéo, il erre chez d'anciens coupeurs de tête, dans les lointaines Moluques, il est convié dans le palais du sultan d'un monde en perdition, ailleurs, après un voyage mouvementé sur un cargo rouillé, il traque des voleurs de petites culottes sur une île au-dessous du volcan. Dans ce vaste continent qu'il a choisi pour y dérouler les complaintes de son incorrigible penchant pour « le temps jadis », il poursuit des ombres. Les siennes mais aussi celles de l'archipel, ces « âmes » en cours d'engloutissement dans le grand entonnoir de la globalisation.

  • En plein désert, un géologue rencontre la princesse Greta. D'un ton farouche, elle lui ordonne : « Dessine-moi une chauve-souris ! »

    La princesse Greta vit sur une minuscule planète, intégralement bio. Mais des insectes menacent ses plants de quinoa et seule une chauve-souris peut les chasser avec une délicatesse écoresponsable.

    Avant de débarquer sur Terre, Greta a fait escale sur différents astéroïdes : l'astéroïde Charlie (Chaplin), l'astéroïde Ernesto (Guevara), l'astéroïde Frank (Sinatra), l'astéroïde, Karl (Lagerfeld), l'astéroïde Nelson (Mandela), l'astéroïde Janis (Joplin), l'astéroïde Albert (Einstein).

    À chaque fois, s'établit un échange drôle et piquant sur l'esprit d'enfance, le capitalisme, la révolution, la violence, le rock, la méchan­ceté des hommes, la nature. Jusqu'au jour où la princesse rencontre un pangolin, animal d'une sagesse antique, menacé par la race humaine, qui lui enseigne le langage du coeur et de l'amour...

  • Eylau, c'est la rencontre paroxystique de l'Histoire et de la géographie. Une bataille napoléonienne qui a lieu le 8 février 1807 contre les Russes, en Prusse orientale, là où se trouvait autrefois la célèbre Knigsberg fondée par les chevaliers teutoniques. Aujourd'hui Eylau est située dans l'enclave de Kaliningrad, territoire russe séparé de la Russie par la Pologne et la Lituanie.
    Jean-Paul Kauffmann qui s'était rendu une première fois à Kaliningrad en 1991 voulait y revenir mais, cette fois, en famille. Un voyage de cohésion familiale en quelque sorte.
    Eylau est une bataille à part dans les faits d'armes napoléoniens. Une victoire à la Pyrrhus, à l'arrachée, dont Napoléon n'aimait pas évoquer le souvenir quand il fut exilé à Ste-Hélène. Une bataille particulièrement meurtrière qui se déroula dans le brouillard, l'obscurité, sous la neige.
    Eylau est restée célèbre dans l'histoire pour la fameuse cavalerie de Murat mais aussi dans la littérature grâce au Colonel Chabert de Balzac. Le colonel Chabert que l'on donnait mort est un fantôme d'Eylau. Quand il revient en France, il doit prouver son identité pour recouvrer son territoire, sa femme, ses droits. C'est l'un des romans les plus captivants de Balzac. Une sorte de roman noir sur le mariage.
    Jean-Paul Kauffmann est l'auteur, entre autres, de L'Arche des Kerguelen (1993), de La Chambre noire de Longwood (1997), de La Maison du retour (2007) et de Courlande (2009). Il vient de recevoir le prix Prince-Pierre-de-Monaco.

  • Pierre et Philibert sont deux amis d'enfance, majeurs mais pas tout à fait vaccinés. L'envie de décamper les pousse à mettre leurs pas dans ceux des héros du Tour de la France par deux enfants : ce bestseller mythique de la IIIè République, au parfum d'encre violette, de craie et de grandes vacances.
    "On en avait rêvé de ce voyage. C'était une sorte de pari, et le livre d'Augustine Fouillée, dite G. Bruno, traînait depuis longtemps sur nos chevets. Cap ou pas cap ? On avait sorti les cartes et retracé le voyage exact d'André et Julien Volden. On prendrait le chemin des écoliers. Départementales, nationales, et roule !"
    Voilà nos deux enfants partis pour un road trip drolatique à travers l'histoire et la géographie, la littérature et la mécanique, les métiers d'hier et d'aujourd'hui. La France change mais rien ne compte plus que l'instant présent, le bonheur buissonnier des paysages et des rencontres.
    À leurs côtés, nous embarquons à bord d'une Peugeot 204 ou d'un voilier, roulons à bicyclette, en autocar ou en TGV. On écoutant Brassens, Véronique Sanson et IAM. On fait escale dans la Bourgogne d'Henri Vincenot et le Marseille de Plus belle la vie, dans la Bretagne des phares et des îles. Des villes fortifiées aux matchs de football, des cathédrales aux bars PMU, c'est une valse à deux temps sur les routes de la France, de l'enfance et de l'amitié.

  • Après avoir fait marcher sa troupe de théâtre itinérant le long des routes de France, (7 000 kilomètre à pied) Philippe Fenwick conçoit en 2011 un projet fou, énorme : jouer dans le plus de villes possibles le long des voies ferrées qui relient Brest à Vladivostok. Reste à trouver une histoire en français et en russe, un spectacle accueillant comédiens, musiciens, circassiens. Ce sera les souvenirs et les délires de Jacques Mercier, vedette d'un music-hall brestois, vivant reclus depuis la fermeture de celui-ci. Au début de l'aventure, année culturelle France-Russie, tout s'enchaîne à merveille, une subvention conséquente est même allouée à la troupe. Mais, très vite, les promesses sont retirées et les problèmes administratifs, techniques, sentimentaux menacent de plomber l'odyssée. Face à la débâcle annoncée, Fenwick, entre euphorie et désespoir, s'acharne. Le projet tourne à l'obsession. Il erre dans les couloirs du ministère de la Culture à la recherche du mystérieux bureau A, chargé de distribuer les subventions, réécrit le spectacle pour qu'il tienne avec huit comédiens et dix-sept valises, supplie sa femme de ne pas le quitter. Jusqu'au départ pour Vladivostok.   Elevé par une grand-mère russe, issu d'une famille ayant fait fortune dans les chariots- élévateurs, défenseur d'un théâtre en mouvement, Philippe Fenwick est en lui-même un personnage de roman. Si « Atavisme », sa pièce de théâtre franco-russe est bien parvenu jusqu'à Vladivostok, son Journal d'un enthousiaste joue des illusions, des faux-semblants. Tout est vrai, tout est faux. À commencer par le double de l'auteur, Jacques Mercier.

  • "Là, là-bas, des centaines. Les bras tendus, ils crachent, hoquettent, s'ébrouent comme une meute suppliante. Ils se noient sous mes yeux et je n'ai qu'une question en tête : comment les sauver tous ?"
    La cinquantaine, l'opticien de Lampedusa est un homme ordinaire. Avec sa femme, il tient l'unique magasin d'optique de l'île. Ils aiment les sardines grillées, les apéros en terrasse et les sorties en bateau sur les eaux calmes autour de leur petite île paradisiaque.
    Il nous ressemble. Il est consciencieux, s'inquiète pour l'avenir de ses deux fils, la survie de son petit commerce. Ce n'est pas un héros. Et son histoire n'est pas un conte de fées mais une tragédie : la découverte d'hommes, de femmes, d'enfants se débattant dans l'eau, les visages happés par les vagues, parce qu'ils fuient leur pays, les persécutions et la tyrannie.
    L'Opticien de Lampedusa raconte le destin de celui qui ne voulait pas voir. Cette parabole nous parle de l'éveil d'une conscience. Au plus près de la réalité, d'une plume lumineuse et concise, Emma-Jane Kirby écrit une ode à l'humanité.

  • "Je suis née au milieu des années nonante dans une famille décomposée. On était de ces enfants qui grandissent avec une clef autour du cou, connaissent les numéros d'urgence par coeur et savent faire cuire des pâtes avant même d'être en mesure d'atteindre les casseroles. Petite, on a tenté de m'expliquer que j'avais des « origines » par ma mère et un père qui ne peut plus courir parce qu'il a trop travaillé. En classe, j'écoutais des professeurs désabusés me raconter comment réussir ma vie. Plus tard, on m'a dit que je travaillerai dans un bureau parce que c'est ce qu'il y avait de mieux pour moi, qu'assez vite j'aurai un mari, une maison, puis des enfants, qui verront le jour presque par nécessité. À vingt ans, j'ai arrêté d'écouter les gens et je suis partie. Seule, en stop et sans un sou en poche. J'ai traversé l'Europe jusqu'au Cap Nord, sans autre but que de ne pas pourrir chez moi. On peut dire que j'ai fui. C'était mon premier grand voyage. Dans ce livre, j'ai voulu raconter mes errances, mes chutes et comment la route m'a sauvée." S. G.
    Ce livre est un roman d'apprentissage foudroyant, celui d'une petite fille qui transforme sa colère en odyssée. Avec humour et tendresse, la jeune globe-trotteuse raconte les tourments de l'enfance, son dégoût d'une société uniformisée, mais aussi son irrésistible soif d'être libre qui la pousse à dépasser ses peurs.

  • Voici le premier polar maritime de Loïc Finaz, vice-amiral, ancien directeur de l'école de guerre. Le roman commence à Brest où un officier de marine, membre des services militaires, tente d'infiltrer une équipe de terroristes embarquée à bord d'un voilier emmené par une femme séduisante, redoutable selon le renseignement militaire. Le but de l'officier de Marine : se faire enrôler comme équipier par cette cellule terroriste qui, quelques années plus tôt, a tué plusieurs militaires français. C'est le début d'une longue aventure qui conduira la goélette à travers la mer aventureuse des Antilles et d'autres mers, moins pacifiques. Ce roman noir est prétexte à l'officier de marine de retracer dans un monologue intérieur toute sa carrière à travers ses différentes expériences et de déclarer son amour à la navigation, à la houle et aux voyages au long cours. Dans un double sillage, Loïc Finaz raconte un redoutable double-jeu où se mêle intrigue géopolitique et blessures du coeur. Renouant avec la tradition épique de l'aventure maritime, Loïc Finaz nous livre un roman contemporain qui est un éloge de l'aventure et une célébration de la mer.

  • « Ce branleur qui aurait pu chanter mieux et avait l'air de s'en foutre s'appelait Stephen Malkmus. Bientôt, Nina connaîtrait mieux ce nom que celui de certains membres de sa famille. Bientôt, Stiveun Molkmuce s'épanouirait sur les posters de sa chambre et produirait la bande-son de sa vie. » En décembre 1992, Arthur aborde Nina gare de Rennes au lendemain des Trans Musicales. Petite dernière d'une famille bourgeoise de la Rochelle, initiée à la musique par son père, elle rêve d'entrer aux Inrocks. Comme Martin Eden qu'il trimbale dans son sac à dos, Arthur cultive ses goûts en autodidacte avant de postuler sans conviction à l'Arsenal de Brest. Ils n'ont rien en commun, excepté leur passion du rock et de Pavement, figure de proue de la scène indépendante des années 1990. Les riffs et la poésie tourmentée de ce groupe culte dessinent le motif d'une histoire singulière qui nous entraîne, des baladeurs K7 et des derniers appelés du service militaire à l'avènement d'Internet. Du Paris des radios libres aux reliefs rugueux d'Ouessant, l'île des naufragés. « C'est aussi un livre sur la manière dont les gens qui aiment trop la musique pour la vivre comme un simple à-côté réussissent, ou non, à lui donner la part belle de leur vie, rêvent que ce soit les concerts qui redessinent les cartes du monde et ordonnent le calendrier. » (Alice Zeniter.)

  • J'ai rêvé, cette nuit, que le juge Roban existait et qu'il ne voulait pas me rencontrer. Il était grand et fort, avec une barbe grise. Subitement il me demandait : « Qui êtes-vous pour parler de moi ? ». Avant que j'aie pu répondre il m'avait tourné le dos. Pendant près de quinze ans, Philippe Duclos a incarné aux yeux du grand public le juge d'instruction François Roban au point de susciter des vocations de magistrat. De cette longue fréquentation, il tire un récit subtil, entremêlant le journal fictif de son personnage et son carnet d'acteur. Quels sont les secrets de ce juge rigide, introverti, d'une honnêteté confinant parfois à la naïveté ? Comment l'acteur invente-t-il ses gestes, ses émotions au point qu'ils surgissent presque par surprise, instinctivement ? Le juge et son fantôme est un intriguant jeu de miroir, un chassé-croisé vertigineux entre l'interprète et son personnage. Mais qui double qui ?

  • "Longtemps je n'avais pas compris que le fait d'être une femme était comme on dit un handicap ; je ne m'étais nullement attardée sur l'évidence qu'il était difficile d'envisager un destin à la Lawrence d'Arabie en étant de sexe féminin. Je n'avais d'ailleurs eu aucune alerte à ce sujet. Mes parents ayant oublié de m'interdire quoi que ce soit, je n'avais jamais de ma vie entendu dire que je ne pouvais pas entreprendre quelque chose parce que j'étais une fille."
    La Triomphante est le portrait d'une aventurière : l'odyssée, réussie ou ratée, ne compte que pour elle-même.
    La Triomphante est l'histoire d'une enfant d'Orient rêvant à l'Europe : adaptation, dissimulation, transformation ; drôles de batailles, inévitables défaites.
    La Triomphante est un personnage qui a une conception primitive de l'amour : possible ou impossible, glorieux ou tragique.
    La Triomphante est un traité de survie, quand il faut traverser l'exil, tous les exils, dans un monde au bord du gouffre.
    La Triomphante est la cavalcade d'une étrangère dont la seule patrie est la littérature, l'humour, l'ironie.
    La Triomphante est aussi un bateau, une belle corvette, qui ne demande qu'à larguer les amarres.

  • « Ce meurtre est mon compagnon secret. Il me leste, m'encombre parfois comme ces vieilles lettres qu'on se refuse de jeter même si leurs expéditeurs ont disparu de votre mémoire. Il m'arrime à la ville alors que je n'y habite plus depuis longtemps. Il s'insinue dans ma vie. Une vraie fuite d'eau. Parfois deux ou trois mois se passent sans que j'y pense, puis il revient me hanter. Je n'y peux rien. »

    Histoire d'un meurtre et d'une piscine, ce roman entremêle amours, victoires et défaites du narrateur. Un couloir de natation suffit à séparer la mort des passions brèves et ensoleillées. La piscine, miroir de nos vies, de nos comédies estivales et de nos premières blessures sociales.
    L'été 1974, elle fut le théâtre d'une tragédie. Une étudiante fit feu sur un maître nageur trop séducteur. Ce meurtre devint l'Affaire du narrateur. Sa trace a transformé et aiguillé son destin. Ce crime est à moi est une confession sidérante sur les conséquences d'un fait divers dans une petite ville de province et un tableau de la décennie d'or des années 1970.

  • C'est l'histoire d'une femme en fuite. Née dans un pays qui, après l'effondrement du communisme, croque les fruits empoisonnés du capitalisme, l'héroïne de ce roman grandit parmi des humains au regard rivé sur leur écran de télévision. Elle fait partie de ce corps malade et court les fuseaux horaires. Pour échapper à soi-même, à la terre des origines, à l'histoire des parents, aux blessures passées, aux amours ratées. Et chercher à être enfin soi dans une géographie intime qui résiste au chaos. Cette femme est une fille de la mondialisation.

    Entre Bucarest, Paris, Mexico, Tokyo et Kinshasa, la narratrice poursuit une quête de la sexualité, de la féminité, de la sororité et des territoires marqués au fer rouge de l'Histoire.

    Ce Lost in Translation contemporain révèle une voix poétique et politique de romancière.

    Un roman au long cours qui nous emporte, nous rend plus forts, terriblement vivants.

  • 1890. Vincent Van Gogh est assassiné à Auvers-sur-Oise par un mystérieux dealer de bleu, « l'Homme-aux-Couleurs ». Toulouse-Lautrec mène l'enquête. Il enrôle son ami Lucien Lessard, peintre-boulanger de la butte Montmartre. Mais Lucien n'a qu'une obsession : brosser le portrait de Juliette, muse magnétique, qui vient de lui offrir un tube de bleu très rare...
    De sa plume débridée, trempée à l'ultramarine, Christopher Moore signe une fabuleuse comédie qui revisite l'histoire et le Paris de l'impressionnisme. Renoir, Pissarro, Toulouse-Lautrec, Monet, Manet, les frères Van Gogh, Gauguin sont victimes d'un piège qui n'est peut-être que celui de l'inspiration. Comment savoir ? Surtout lorsque la muse sort du cadre pour asséner de façon peu académiques ses considérations sur l'art et la manière.
    Sacré Bleu dynamite tous les codes, du roman noir au rose, du livre d'art à la saga. Voici le premier roman bleu.
    Cahier couleurs (32 p.).

  • Le carton d'invitation fait rêver : le 16 octobre 1963, Romain Gary épouse Jean Seberg dans le petit village de Sarrola, en Corse. Un écrivain de quarante-neuf ans, héros de la France Libre, prix Goncourt pour Les Racines du ciel. Une actrice de vingt-quatre ans à la beauté moderne, si pure, qui illumine À bout de souffle. À ces noces de la littérature et du cinéma, ni Hollywood ni la famille, encore moins les paparazzis, ne sont conviés. C'est une opération commando menée par le Renseignement militaire français : personne ne doit être informé de l'événement confidentiel défense organisé avec la bénédiction du général de Gaulle.
    Aucun biographe, français ou américain, n'était remonté au jour de la cérémonie. Ariane Chemin est partie sur les traces de cet amour mythique né à l'aube des tumultueuses sixties. Pourquoi tant de mystères ? Au terme d'un sacré jeu de piste, elle a retrouvé dans un dancing, au sud de l'île, le dernier témoin de ces noces de maquisards. Le temps d'un tango, l'ancien agent secret lui a raconté les dessous du mariage en douce qui révèle la vie brûlante et barzingue de ces deux exilés.

empty