• Les « affaires de moeurs » constituent une épreuve pour la société, non seulement parce qu'elles la mettent en face de son silence passé, mais parce qu'elles l'exposent, en guise d'expiation, à un empiètement de la vertu sur les libertés.

  • Inhumaines conditions

    Marc Crépon

    Plus jamais ça ! Comment expliquer qu'à un moment nous ne supportons plus ce qui nous paraissait encore acceptable peu de temps auparavant ? Pourquoi ce qui était considéré comme normal devient-il soudainement intolérable au point que nous décidions de nous y opposer ? Cela tient au fait que ce qui nous était invisible, imperceptible, pris dans un ensemble d'habitudes et de lâches concessions, devient à nos yeux indigne de ce que nous nous représentons comme la condition humaine. Ce sont ces prises de conscience brutales qui expliquent les progrès accomplis par nos sociétés vers une condition plus douce et plus juste faite aux individus et notre engagement pour que les choses changent. Comment alors faire reculer la violence ? D'abord en l'exposant partout où elle se manifeste, en la rendant visible autour de nous, dit le philosophe Marc Crépon : dans le monde du travail, de la justice, dans notre relation à nos proches ou aux animaux... En montrant ensuite ce qu'elle a d'intolérable dans la manière dont elle détruit l'image que les individus ont d'eux-mêmes tout comme les relations qu'ils entretiennent entre eux. Tel est l'unique ressort d'une lutte contre la violence. Car il ne suffit pas d'en avoir conscience. Si la violence doit être combattue, c'est parce qu'elle détruit à chaque instant le monde dans lequel nous vivons en le rendant, au sens propre, du mot inhabitable, inhumain. Marc Crépon est philosophe, directeur du département de philosophie de l'École normale supérieure (Paris). Il est l'auteur de La Vocation de l'écriture (Odile Jacob, 2015) et de L'Épreuve de la haine (Odile Jacob, 2016). 

  • La violence n'a pas subitement surgi dans nos vies avec les attentats de janvier et de novembre 2015. Aucune de nos relations, qu'elles soient familiales, scolaires, professionnelles, morales ou politiques, n'y échappe. Mais la terreur instaurée par les attaques terroristes est une épreuve sans précédent. D'abord parce qu'elle provoque la hantise de la répétition : nous savons qu'à la terrasse d'un café, dans une salle de spectacle ou dans les transports en commun, la violence peut à nouveau frapper. La peur, le désir de vengeance et de justice accompagnent notre volonté d'en finir avec ce que nous considérons comme le mal radical. Comment pourrait-il en aller autrement ? Et qui nous le reprocherait ? Mais le risque est alors d'autoriser les emportements, les jugements précipités, les décisions aveugles et, finalement, de répondre à la violence par la violence. Faire face à la haine est un défi pour nos sociétés. Dans ce livre courageux, à contre-courant de bien des discours actuels, et convoquant toutes les ressources de la philosophie, Marc Crépon défend le principe du refus de la violence, du refus de consentir à son oeuvre et à la culture de destruction qui l'accompagne. Les grandes figures de la non-violence que furent Jaurès, Romain Rolland, Martin Luther King et Mandela nous offrent des modèles et prouvent que la terreur n'est ni invincible ni fatale. Normalien, agrégé de philosophie, Marc Crépon est directeur de recherches au CNRS et dirige le département de philosophie de l'École normale supérieure. Il a notamment publié Le Consentement meurtrier. 

  • Il n'y a pas de guerre, pas de génocide, pas d'abandon de populations entières à leur errance entre des frontières meurtrières qui ne soient possibles sans une «?suspension?» de la relation à la mort d'autrui, un déni des gestes de secours, des paroles de réconfort, du partage qu'elle appelle. Notre mémoire du siècle dernier et notre appréhension du siècle à venir sont inséparables du souvenir de leur éclipse qui trace les «?limites?» de la fraternité. Elle fait du monde dans lequel nous vivons un monde divisé, autant que l'est notre attitude devant la mort des autres, le deuil et la mémoire qui en résultent. C'est cette éclipse que, à la lecture de textes de Freud, de Heidegger, de Sartre, de Levinas, de Patocka, Ricoeur et Derrida, cet essai entreprend de comprendre et d'interroger, alors même qu'elle fait l'objet d'une double responsabilité, éthique et politique. Marc Crépon est directeur de recherches au CNRS (Archives Husserl).

  • Il y a dans la violence que doivent aujourd'hui affronter nos sociétés une dimension propre à la langue. Quiconque a fait l'apprentissage de l'éducation doit reconnaître au creux de sa propre expérience la manière dont la langue façonne, modèle, impose. Quant au XXe siècle, il s'est chargé de nous montrer comment la langue peut condamner à une mort certaine. C'est cette dimension propre au langage que se propose d'explorer le philosophe Marc Crépon, convaincu que le noeud de toute violence tient d'abord dans la langue et l'usage que nous en avons. S'il chemine avec Kafka, Lévinas, Singer ou Derrida, ce n'est pas seulement parce que chacun d'entre eux s'est en son temps insurgé contre les détournements de la langue, préludes aux plus grands crimes commis contre l'humanité, constituant un réservoir d'expériences, pour prévenir les prochains massacres. C'est aussi parce que leur oeuvre affirme la vocation de l'écriture : celle qui fait de la littérature et de la philosophie l'arme ultime pour démasquer, au coeur de la langue, la violence et la haine dont celle-ci est porteuse. Affirmer la vocation de l'écriture, c'est retourner la langue contre elle-même, désamorcer ses potentialités meurtrières en l'ouvrant à l'échange, à la responsabilité, à l'humanité, quand celle-ci se fixe autrui et le monde comme buts. Normalien, agrégé de philosophie, Marc Crépon est directeur de recherches au CNRS et directeur du département de philosophie à l'École normale supérieure. Il a notamment publié Le Consentement meurtrier. 

  • Comment en est-on arrivé là ? À ce désastre. À cette rupture du lien entre le peuple et la gauche. À cette trahison de nos élites.  
    Une politique qui n'est plus fidèle à ses valeurs de liberté, d'égalité des chances, de justice sociale, de fraternité et de solidarité, n'a plus la ressource nécessaire pour attirer les électeurs vers les urnes. C'est une politique qui s'est coupée du peuple. 
    Honte à la France, mais aussi à l'Europe, cette oligarchie financière jouant le coup du mépris contre le peuple grec. Honte à ceux qui succombent au déni d'hospitalité face aux réfugiés.
    Il est temps de réenchanter notre univers quotidien et notre engagement. Telle est l'ambition de ce coup de gueule et cri d'espérance pour définir l'identité de l'humaniste face à la montée des extrémismes et des nationalismes.
    Peuple de gauche, relève-toi !

  • Face à la violence, que peut la philosophie ? La question se pose avec une terrible acuité après les attentats de janvier 2015 à Paris. Cet ouvrage limpide, étincelant, destiné à un large public, met la philosophie à l'épreuve de la politique, de 1943 - année de la publication de L'Être et le Néant - jusqu'à nos jours, à travers des figures emblématiques. 
    Sartre donne à sa philosophie de la liberté une portée métaphysique. Camus récuse la violence en recourant à l'absurde et à la révolte. Pour Merleau-Ponty « l'épaisseur du présent » impose à l'action « les moyens du présent ». Simone Weil, Canguilhem, Cavaillès mettent le pacifisme à l'épreuve et en avant l'expérience de la nécessité. Lévi-Strauss pose le problème de la violence face à la diversité humaine repensée. Deleuze pense la dimension ultime de l'être comme différence. Foucault s'attache à l'enfermement intolérable. Levinas et Derrida analysent le passage de la métaphysique à l'éthique. Jankélévitch se penche sur la question du pardon, de l'impardonnable et de l'imprescriptible.
    C'est la philosophie tout entière - c'est-à-dire l'action et la pensée, les oeuvres et les relations, l'histoire et l'actualité - qui répond à la folie du monde. Aussi ce livre peut-il être lu comme un acte de résistance.

  • Depuis trois décennies, la peine de mort recule incontestablement dans le monde. Le noyau dur des États rétentionnistes procédant à des exécutions se réduit désormais à une trentaine de pays. Pourtant, en Amérique du Nord, en Asie, en Afrique, il est des États qui paraissent peu affectés par le mouvement international en faveur de l'abolition : des exécutions ont eu lieu en 2015 en Inde et au Japon, tandis qu'elles continuent en Iran, en Irak, en Arabie Saoudite, en Indonésie ou dans certains États des États-Unis.
    Cet ouvrage réunit philosophes, juristes et cartographes pour s'interroger sur les progrès et les limites de cette ambition d'une abolition universelle, qui deviendrait absolue, de la peine de mort. De Victor Hugo à Derrida, quels sont les impératifs philosophiques de l'abolition ? Quelle est l'influence des conventions internationales, quels sont les facteurs propices à l'abolition ? Et, approche originale utilisée ici, comment est-il possible de mesurer le phénomène abolitionniste à travers des cartes ?
    Sous la direction de Marc Crépon, Jean-Louis Halpérin et Stefano Manacorda
    Postface de Robert Badinter
    Cartes de Julien Cavero : o carte interactive

empty